12/08/2013

L’oiseau d’malheur


C’est l’histoire d’un gars qui un jour s’arrima à une femme. I l’engrossa puis quelque temps après, elle s'déballonna de deux p’tis mouflets, une loupiotte et un loupiot. Quand elle fut bien verte, la loupiotte eut bientôt ses premières affaires. I fallut l’enfermer. Puis on la dépigmenta et on l’emmaillocha en attendant qu’un prétendant vienne la mater. Pendant c'temps, le frérot lui, i l’allait à l’école mahométane et les vieux allaient en cambrousse pour cultiver et gagner leur croûte. Ce jour-là, un oiseau géant qu’on appelait Yunihuni s'radina car il avait r’pérer la cage à poulets sur le bord du ch'min, près dla case. I s’adressa à la pubère qui était toute seule :

« Eh ! toi ! file-moi une poule, ouais, une poule ! »
« T’as qu’à la prendre tout seul dans le volailler ! »
« Laquelle j’vais boulotter ? laquelle »
« Celle qui fait kwiyo ! »
« Laquelle j’vais m’taper ? laquelle ? »
« Celle qui fait chakwi »
« Et laquelle j’vais m’enfiler ? »
« Celle qui fait kwido, Yunihuni, celle qui fait kwido ».

Yunihuni argougna une poule et détala en brousse. I r'vint le lendemain et puis les aut’jours aussi. La boite à volailles était blanche main’nant et l'patriarche commençait à s’biloter, alors, i cuisina sa pucelle.

« Mais comment ça s’fait qu’y ya presque pu d’poules dans la cage ? », demanda-t-il,
« C’est qu’y ya un oiseau énorme qui vient tous les jours pour en prendre et qui me fout les pétoches, moi j’le laisse faire », « ah ! c’est donc ça ! » fit le père qui aussitôt alla chercher son attrapoire à pincer les piafs.

Quelque temps après, prit dans l'collet, Yunihuni s'mit à débagouler :

« Délivre-moi, mon maître, tout doux, mes ailes sont fragiles, que j’mette les voiles, loin d’ici, en m’jetant dans les airs, oui, dans les
  airs ! »

Le vieux en avait dans son froc, i n'trouillotait pas d’un poil. Il l'dégagea du piège et y mit la main pour le zigouiller quand le piaf fit :

« Décolle-moi, mon maître, tout doux, mes ailes sont fragiles, que j’mette les voiles, loin d’ici, en m’jetant dans les airs, oui, dans les
  airs ! ».

Son bourreau l'tenait bien et i lui passa la lame su’le colbac pour l'culbuter et puis il l’dépluma et puis il l’fourga à sa ménagère et la ménagère l'jeta dans la casserole. On l' laissa bouilloter dans son jus pendant que toute la famille se bâfrait à pleines mains des reliefs de la veille. Puis, tout l’monde fila au plumard. Le lend'main matin, les vieux s'levèrent tôt et s’en r'tournèrent aux champs. Au moment d’prendre la clef des champs, le pater rappela à sa légitime de dire à la pucelle de n'pas toucher au pot interdit.

« Ne touchez pas d’ce pot, lui dit-elle, pas même un loubem ! tu piges, toi ? Vous pouvez vous servir des restes d’hier, vous ajouterez d’la moussache qu’i faut d’abord tamiser et que vous mangerez avec dla poudre de sorgho, mais surtout pas touche à l’oiseau ! ».

Les parents partirent aux champs et le loupiot alla s’faire coraniser. Quand le p’tit revint dl’école, i prit la grosse poudre et la pila dans l’mortier pour la r'filer à sa frangine :

« Tiens’don, attrape ça pour faire la boule », lui dit-il tout en récupérant la sauce dla veille.

Mais sa frangine avait déjà enlevé l'couvercle du pot pour y pogner un loubem. Au moment de pogner, la bête fit entendre sa grosse voix :

« Pogne-moi doucement, mes ailes sont fragiles, que j’mette les voiles, loin d’ici, en m’jetant dans les airs, oui, dans les
  airs ! ».

Aussitôt, le loupiot, qui avait déjà entendu c'lamento, enguirlanda sa frangine :

« Mais qu’est-ce que tu fous ! pourquoi tu dépotes la casserole, le vieux n’veut pas qu’on y touche, t’es complètement fondue ! »
« Mais on s’en fout, attends un peu que j'le mette là et que j’y goûte, qu’est-ce tu crois, y faudrait juste attendre sans y pogner ? ».

La pubère s' servit et la voilà qui mâchouillait d’la bête interdite pendant que son frérot, lui, becquetait le rab de la veille. En moins de jouge, la loupiotte choppa des plaquouilles sur tout l'corps avant même de finir sa gamelle. Son frangin la r'gardait, tout envapé, à cause qu’une queue lui sortait du derche et que des plumes lui poussaient sur tout l’corps. I lâcha son écuelle et poussa des cris :

« Nom d’un Prophète, mais r'gardez-moi ça ! i lui pousse des plumes ! vite, ma mère, venez-y vite, ma frangine se transforme ! ».

Aux champs, qui étaient un peu loin, la mère avait déjà compris qu’i y avait du chambard à la case :

« On dirait qu’i y a quelqu’un qui crie à la maison ! » dit-elle, mais son rustaud lui répliqua :
« Tu dis ça à cause que tu veux rien foutre, eh feignasse ! tu veux déjà t’carapater à la maison.. allez, bosse un peu ! des cris ? pff...»

I s'remirent au turbin. A c’moment-là, le p’tit rappliqua dare dare :

« V’nez voir ! vite ! ma frangine est en train d'muter, i lui pousse des plumes ! »

C’était donc vrai, la pubère s’était déjà fait l’escarette en brousse, toutes plumes dehors ! en plus, le pater, lui aussi, entendit des hurlements.

« C’est ben vrai, ma mie, qu’on crie à la case ! »
« Ah bah ça alors, c’est la meilleure ! et c’est moi qui glandouille ! et ben fichtre, finissons l’boulot d’abord ! »

Elle râlait pour rien car i s'mirent en train pour rev’nir à la case mais c’était trop tard à cause que la pubère était déjà dans la futaie et puis son frangin, qui n’en pouvait pu de trouilloter, i n’mangeait pu, y n'godait pu, i chialait.

« Mais qu’est-ce qu’on va faire ? » demanda la pécore à son homme.
« J’en sais fichtre rien », répondit-il pète sec alors qu’i s'mit dare dare en quête de quelq’ mèches de maïs et de grandes jarres de flotte.

I flamba l’maïs, y en avait sept bonnes corbeilles bien pleines, et i s'tailla au fin fond d’la brousse, là où ya plein d’bêtes sauvages grouillantes, ça r’ssemble à nos vieilles masures effondrées que les blancs sont v’nus colmater. I marcha longtemps, et y prit un ch'min qu’il connaissait et qu'les bêtes empruntaient. I s’arrêta et posa ses corbeilles et ses jarres au bord du ch'min, i savait que les bêtes passaient par-là. Puis i s'percha en haut d’un arbre et des lions aboulèrent et lui, i s’mit à chanter :

« Vous êtes allés giboyer, qu’est-ce que vous avez vu ? »

Et les fauves qui répondaient :

« Une bête à plumes, elle avait une longue queue à la traîne, et elle va s'radiner ».

En même temps qu’ils répondaient, i s'goinfraient de maïs et lampaient les jarres à grands coups de gueule. I s'sauvèrent et d’aut’ animaux montrèrent leur trogne, y en avait de tous les calibres, le pécore en compta sept jusqu’à ce qu’arrive la jeune fille. Elle était bien toute seule, enfin pas tout à fait, car elle était avec sa Providence, et s’approcha tout doux du mangeoire car elle claquait du bec. Quand elle vit toute cette graine par terre, elle qui n’avait pas l’habitude de se vautrer comme une bête, elle s’y roula comme dans une bauge et s'morfala et s'tapa de grandes lapées d'flotte. Le pécore qui était toujours là-haut descendit d'son perchoir sans faire de ramdam et choppa la queue d'la pubère et tira d’ssus un grand coup sec. Elle craqua et la créature reprit sa forme tout d'suite. Alors i s’retrouvèrent et revinrent ensemble à la maison où les vieux les attendaient et on fit la bamboula et la pubère fut cadeautée en mariage pour son culot, et on lui r’fila le fiston du Sultan. Haki ya Mungu !

Pour ceux qui souhaiteraient écouter un extrait de ce conte en kisongo, c'est ici :

Hakuna maoni:

Chapisha Maoni