12/08/2013

Un mari cossard



C’est l’histoire d’un gars qui s’maria. Un jour sa fatma lui dit :

« Et si on allait aux champs ? »
« Aux champs, yalah, allons-y ! ».

La femme mit de l’eau dans son p’tit pot, prépara la moussache et mit le tout sur sa caboche. Au moment de partir, le mari dit :

« Vaz’y, pars devant, je n’vais pas traîner longtemps, t’inquiète, j’m’en vais juste repasser ma serpette d’abord ».

La bougresse s’mit en route et fila aux champs. Dans la glèbe, elle trima un max car ça manquait pas de taf. A midi, son branquignole de mari n’était toujours pas là.

« Mais qu’est-ce qui fout ? se dit-elle, i fauc qu’j’aille voir mes mouflets à la case maint’nant, et l’aut’, il est où ? »

Tout revenant de retour à la case, sur le chemin faisant sa marche, la pécore tomba sur son bougniaf de mari.

« Mais qu’est-ce que tu glandes, depuis tout c’temps ! » lui dit-elle,
« Ah, tu peux pas comprendre toi, mes serpettes, elles m’ont donné du fil à r’tordre... mais te fait pas d’bille, j’serai aux champs un bon p’tit bout d’moment ! ».

Le bougre, une fois sur place, i s’mit sous un arbre, et s’affala pour piquer un roupillon. En fin d’après-midi, i s’étira, baîlla et s’en r’tourna à la case de retour des champs. Le jour après, i fit pareil. Sa greluche, à c’moment-là, elle s’mit à flairer l’embrouille.

« Mon mari, se dit-elle, j’crois ben qu’cest un cossard ! mais j’m’en fous, j’continuerai de taffer toute seule et même si j’y mets toutes mes forces ! »

Elle se r’mit au boulot, r’tournait la terre et plantait ».

Ce jour-là, le mari, ce gros faignant, y planqua ses outils dans une touffe de rôniers et alla pioncer comme d’hab. Quand i r'vint pour les reprendre, y avait un rat bien gras dans l’fourré, i partit à toute bombe dans ses panards. Le pécore le prit en chasse, l’attrapa, le zigouilla et le ficela à sa jambe, à cause qu’i voulait pas que sa greluche le voie. Le problème, c’est que sa jambe s’mit à saigner et tout revenant chemin faisant, i s’mit à claudiquer d’un pas bancroche et le sang dégoulinait.

« J’me suis amoché aux champs, dit-il à sa mie tout geignant, regarde ma guibole, comment elle pisse le sang ! ah ! ma mie des marigots, comment qu’jai mal ! »
« Attends, n’te casse pas l’bonnet, mon tendre bouseux, j’men vais y mette de l’eau tiède tout d’suite »
«  Ah ! non, pas ça ! ça craint ! ».

Elle n’insista pas. Les jours qui passèrent, le bougre ne voulait rien savoir, i continua d'hocher et d's’aheurter. Seulement le rat, sur sa guibole, i commençait à s’faisander et à s’bouffir et dans la case, ça commençait à dauber grave ! à tuer les mouches maçonnes ! La pécore, elle lui dit :

« I faut qu’t’enlèves ton linge de ta quille, ça schlingue trop ici, même si tu veux pas, i faut l’faire, ça cocotte, t’as rien blairé, toi ? vaz’y file moi ta guibole ! »,
« Pas question ! » rétorqua l'mari qui déjà grimpait au cocotier d’être en pétard.

Mais sa pécore était gonflée, elle s’laissa pas r'tourner facilement, et elle jeta son grapin sur son pignouf de mari et elle lui chopa la jambe et elle argougna le rat, et hop ! yalah ! elle le balança au large à cause qu’il était déjà tout véreux !

« Ah ! c’est donc ça ! lui dit-elle, i faut qu’t’en sois arrivé là ! et ben, mon petzouille ! »

Et elle se tût à cause qu’elle n’voulait pas lui d’mander le divorce tout d’suite, elle était maligne la bougresse, et elle n’voulait pas s'casser tout d’suite non plus. Elle dura jusqu’aux récoltes, i fallait bien s’faire la chevance d’abord ! Quand ce fut la saison, elle se rendit aux champs. Son mari y était déjà à tout zieuter et quand i réalisa que c’était l’moment de tout récolter, i fonça vite à la cabane prendre ses outils et i s’mit à guincher tout en chantant une chanson bien chantante :

« Ah ! que j’nai cultivé à temps, à cause que j’en serais loin, si j’aurais bêché, aujourd’hui j’en aurais d’quoi m’en mettre dans la soufente ! ».

Et i gigotait dans tous les sens tout autour du lopin d’sa mégère.

« Mais pourquoi donc tu t’mets dans un tel état à t’ébaudir tout seul », lui demanda-t-elle malcontente de l'voir piétiner dans sa culture mais elle s'ravisa et ils s’mirent au boulot ensemble et que j’te coupe la céréale à grands coups d’serpe, y en avait plein les paniers et i s’les chargèrent sur la calebasse et vas-y que j’te transporte toute cette provende à la case, et que j’te pile tout ça au mortier, yalah, y en avait pour tout l’monde, tout le monde y l’était content, les zenfants, j’t’en parle même pas...

Pour écouter un extrait de ce conte en dialecte kisongo, c'est ici :


Hakuna maoni:

Chapisha Maoni