11/08/2013

L’croque-mitaine et l’Furukombe



Il était une fois un gars et sa pécore. Y z’avaient deux moutards, une loupiotte et un loupiot. Un jour, la loupiotte dut s’arrimer, i fallait bien lui trouver un mari mais à chaque fois qu’un prétendant se pointait, elle renaudait :

« Je n’veux pas d’un gars qui soit tout craché comme les aut’, celui qu’je veux, i doit pas ronfler du bourrelet, si i mouscaille, j’en veux point ».

Une bonne bouille se présenta mais en fait c’était un croque-mitaine. I dit :

« Moi, je n’brène pô ! »

Alors ils s’entiflèrent et Monsieur l’marié s’mit un bouchon dans l’fion pendant sept jours. Le septième jour, ça urgeait, cause qui l’en avait plein l’grenier, i dit à sa mie :

« J’vais à la mer, à Mmajangwa ».

Sur place, i fit sauter l’intrus de son fignon, dépota et tout l’brun chût. De retour chez sa régulière, i dit :

« Tu vois ben ma mie que je n’brène pas, j’te l’dis, tu m’verras jamais débourrer ! » et d’rajouter :
« I faudra ben qu’un jour on aille chez moi, voir les miens »,
« C’est égal, on ira ! ».

Le frérot d’la mariée, c’était un p’tit marlot, i voulait aller avec eux.

« Nique ta mère ! manqu’rait plus qu’çà ! » répliqua la frangine. Mais la frérot tarabusta :
« J’viendrai quand même ! »

Les jours passèrent. Le jour venu, le lascar prit sa ménagère et, c’est parti, ils s’arrachèrent. Le p’tit frérot, lui, prit la roue et leur colla au train. C’était pas un mariol, y l’en avait dans sa caboche, le p’tit, et le v’là à les filocher. Mari’z et femme arrivèrent en ciboule. Le p’tit, qui était à la planque, les rejoignit de suite. En moins de jouge, Monsieur l’marié s’mit à cambuter et reprit sa trogne de croque-mitaine ! Grand Dieu ! il était trop tard pour rebrousser. Tout l’monde s’installa et on se piauta. Le moutard, qui avait du bouba, n’arrêtait pas d'se gratter les plaquouses la nuit. Le croque-mitaine s'pourléchait déjà les badigouinces à l’idée de s’en faire péter la sous-ventrière, et s’présenta au pieu du mouflet pour casser la croûte et i lui racla la peau pour lui en soutirer et les béqueter. A l’aube des mouches, le p’tit alla voir sa frangine :

« Cette nuit, ton mari est v’nu m'bouffer les croûtes.. », et i lui raconta tout.
« Ah ! qu’est-ce donc que c'poilu de mari ? » se disait-elle en maugréant.

Ce jour-là, le croquant ne quitta pas sa femme. Et jusqu’au septième jour ! alors i s’dit :

« Maint’nant, il est temps de s’en foutre plein la jarre ! j’vais appeler les potes ! ».

Le p’tit avait tout entendu et savait qu'les autres monstres allaient s’pointer le lendemain. Il l’avait bien entendu dire :

« Demain, ça va jacter ! ».

Il en toucha deux mots à sa sœur qui commençait à avoir les pétoches :

« Qu’est-ce qu’on va d’venir ? » dit-elle.

« T’inquiète pas, fit le marmot, j’vais aller chez les voisins chercher un Furukombe, tu sais c't'espèce d’angluche à longues plumes, elle nous planquera sous ses ailes ».

Pendant qu’i z’étaient en train faire des plans, le gros monstre s’était mis en chemin pour rameuter d’aut zigues, qu’i viennent tous s'régaler. Les deux jeunots d'filochards firent fissa pour trouver un Furukombe mais la bestiole qu’ils dénichèrent trimbalait sa viande d’oie et traînait la patte. Chemin faisant, alors qu’i z’y allaient mollo, i rencontrèrent la bande des croquants qui s’en rev’nait tout revenant vers la case de leur caïd pour l'casse-croûte. Grâce au Furukombe, les deux fuyards étaient bien planqués. Les monstres en étaient baba de voir le piaf si loin de chez lui :

« Mais qu’est-ce que tu fous ici, Furukombe ? tu viens d’où ? tu vas où ? »
Furukombe répondit à l’arrache :
« J’étais là où vous allez ! »
N’en rev'nant pas, iz insistèrent :
« Non, c’est pas possible ! d’où qu’tu viens ? tu vas où ? ».

L’emplumé fit la même réponse, plusieurs fois et à chaque fois, les croques-mitaines en pinçaient et s'mettaient à jouer des guibolles. Y’en avait même qui valdinguèrent. Furukombe en profita pour s'carapater. Quand le croque-mitaine voulut l'remonter, il était trop tard, l’oiseau avait disparu. C’est ainsi qu'Furukombe et ses deux protégés parvinrent à la maison chez les vieux.

« Qu’est-ce que vous foutez ici ? pourquoi vous êtes rev'nus ? » leur demandèrent-ils.
« On est rentrés car mon mari n’en est pas un.. »,
« Quoi ? »
« Oui, c’était un croque-mitaine, il a voulu nous boulotter et c’est mon frangin qui nous a sauvés, grâce aussi à cette bestiole qui nous a aidés en nous cachant sous ses ailes, un vrai charreton à plumes, c'Furukombe ! »
« Ah ! tu vois qu’i fallait pas r'pousser ton frère, car sinon, t’imagines ce qui c’serait passé ? »

Pour écouter un extrait de ce conte en version originale, en dialecte kisongo, c'est ici :


Hakuna maoni:

Chapisha Maoni