14/06/2016

LA TANZANIE "CULTURELLE" OU "LE RÉGAL DU CRÉTIN"

« La diversité et l'inégalité que la nature a mises entre les hommes, donne une supériorité naturelle à ceux qui surpassent les autres par les forces du corps, par les talents de l'esprit, par une grande expérience, 
par une raison plus éclairée, par des vertus et des qualités utiles à la société. »
Paul-Henri Thiry, baron d'Holbach (1723-1789)



Les ethnologues sont des observateurs avisés. Comme les journalistes dont ils sont affectivement si proches, ils sont prolixes. Ceux qui auscultent l’Afrique ont du pain sur la planche : envoûtements, sacrifices d’enfants et massacres d’albinos, voilà la belle affaire. C’est un peu leur « saison mentale », leur choc émotif. On frissonne d’abord puis on analyse à coups de concepts. Une seule consigne en la matière : rester froid, distant. Comprendre, ne pas mépriser, empathiquement.

L’ethnologue est un sentimental, un romantique de la dernière heure, l’inspiration en moins car c’est le primitif en furie qui a dit (ou est-ce Victor Hugo ?) : « elle me résistait, je l’ai assassinée ! ». On l’imagine sur le « terrain » se jeter dans le talus naturel de l’irrationnel pour observer coups de machette et volées de gourdin – et si vous lui reprochez de n’avoir rien fait, il brandira son graduel de vicaire du Prince pour « changer de paradigme ». Et s’il a vu, vous l’entendrez même dire avec Baudelaire : « Sois sage, ô ma douleur, et tiens-toi plus tranquille ».

Ecrire un « papier » sur la sorcellerie (uchawi en swahili) vous donne droit, dans ce métier, à tous les signes de distinction. Dans les années trente, c’était déjà notre sucre d’orge à nous, celui qui pouvait être ressucé sans façon. De nos jours, c’est à flot continu que les commis s’y collent, avec la promesse de téléchargements sur MP3. Inutile de s’intéresser aux plus hautes manifestations de l’esprit du continent africain, car il y a de la création et de l’art dans ces pratiques d’un autre âge. Dans la corporation, la sorcellerie est un os de sèche : on y revient sans cesse, ça nourrit son homme, c’est gratifiant pour la carrière. Un bon ethnologue vous le dira, la voix détimbrée et la mèche dans les yeux : la chose doit être comprise dans son contexte. Et s’il y a tuerie, c’est qu’il y a de la rationalité là-dedans. Pour sûr, mais de la rationalité cognitive !

Quant à nous, cher lecteur, jurons que les mondes sont incommensurables (la culture n’est pas la barbarie) et ne doutons plus que ces croyances obéissent à d’autres formes de rationalité que les nôtres. En attendant de fêter solennellement le jubilé de cette science concertante – une polonaise sautillante avec Malinowski ou une bourrée dans le style pataud des goûts réunis de Marcel Mauss – voici quelques extraits tirés de la presse tanzanienne, non pas pour vous faire peur, « hypocrites lecteurs », mais pour vous faire comprendre que nous avons de la chance, nous autres ethnologues, d’être les enfants des Lumières.

A LIRE, absolument : LASKY Melvin J., Banalisation du concept de culture, dans Commentaire, 2003, vol. 26, no 102, pp. 367-37.

                      

I- En résumé... (source : AFP, ma traduction)

Tanzanie, des albinos pourchassés vivent terrés et terrorisés.

En Tanzanie, les jambes, les bras, la peau, la langue et les cheveux de l'albinos valent des milliers de dollars. Ils sont recherchés pour leurs pouvoirs prétendus magiques. Alors ils se cachent. Plus de 43 albinos ont été assassinés l'année dernière dans ce pays - sans compter les nourrissons tués par leurs propres parents. Les sorciers utilisent les organes et les os des albinos dans des décoctions porte-bonheur qui, selon les croyances locales, permettent aux chercheurs de diamants de trouver des brillants tandis que des pêcheurs utilisent leurs cheveux pour appâter les poissons du lac Victoria. En février 2008, Mariam Emmanuel, cinq ans, fut ainsi assassinée dans sa chambre. "En pleine nuit, trois hommes sont arrivés avec des torches. Ils l'ont empoignée et l'un d'entre eux a sorti un grand couteau. Un homme l'a égorgée tandis qu'un autre la maintenait. Elle se débattait", raconte sa soeur Mindi, 12 ans, alors cachée sous ses draps. "Ils ont recueilli son sang dans un pot, l'ont bu, puis ont coupé ses deux jambes au niveau du genou et ont coupé sa langue. Ils ont mis tout ça dans un sac et sont partis", poursuit la fillette terrorisée. Dans ce pays, certains se sont réfugiés dans les hôpitaux de Dar es Salaam, mais dans les villages, ils restent exposés. Une école pour aveugles est devenue un sanctuaire pour les petits albinos. Selon une association locale des personnes albinos, les informateurs peuvent recevoir 100 dollars pour repérer un albinos vulnérable. Les meurtriers en gagnent des milliers. Une récente enquête du Parlement burundais révèle que certains membres et organes des albinos sont écoulés sur le marché sous-régional de la sorcellerie, comme en Tanzanie voisine, moyennant d'importantes sommes d'argent.


II- Extraits de la presse tanzanienne swahili (années 2007-2009) : Nipashe, Alasiri, Dar Hotwire, Habari, Radio One.

Il faut en finir avec toutes les superstitions archaïques du pays !

Au moment de l’indépendance le gouvernement tanzanien avait identifié trois causes de sous-développement du pays : la pauvreté, l’ignorance et la maladie. Nous ne savions pas à cette époque qu’il pouvait y avoir une autre maladie, encore plus grave que les épidémies, je veux parler de la sorcellerie. La sorcellerie est une plaie pour notre société : elle est une cause de sous-développement, une forme d’arriération qui compromet la paix civile, introduit la suspicion, la peur et la haine. On se souvient des années 1970 lorsque toutes les vieilles femmes de Shinyanga se faisaient assassinées parce qu’elles avaient les yeux rouges. On se souvient aussi de cette vague de massacres à Mbeya, dans les années 90, lorsqu’on avait retrouvé des gens écorchés vifs parce que leur peau était recherchée pour fabriquer des grigris. Comme si cela ne suffisait pas, récemment, 21 personnes ont été arrêtées dans la région de Mwanza pour recel de plus de 64 organes humains. Cette découverte n’est pas faite pour rassurer la communauté des albinos qui a récemment demandé au gouvernement de prendre des mesures pour la protéger des agressions multiples dont elle est victime.

                                 

Une petite vieille découpée à la machette !

Une vieille femme de soixante dix ans connue sous le nom de Mwanantemi, résidant à ZEBEYA dans le district de Chinyanga, a été agressée à coups de machette. Des inconnus, le visage caché par de vulgaires poches de plastique, l’ont frappée et lui ont coupé le bras droit. Leur forfait accompli, ils ont détalé en emportant le bras. (...) les faits se sont passés tard dans la nuit. Avant de la démembrer, ils ont défoncé la porte de sa maison. Ils voulaient la décapiter. Des témoignages disent que ces malfrats auraient agi pour le compte d’un guérisseur.

Albinos, faites gaffe aux superstitions !

Une vague de calomnies ne cesse de frapper les albinos, dans la région du lac Victoria. Des personnes inconnues auraient exhumé et emporté le corps d’une femme albinos près de Kagera (village de Nyakanyeshe, canton de Rushwa). L’officier de police du district a déclaré que la défunte était morte en couches. (...) elle n’avait pas été inhumée dans un cercueil. Seul son linceul a été retrouvé.

Un meurtrier prend la poudre d’escampette... avec la jambe de sa victime !

Les morts inexpliquées d’enfants albinos sont légion dans le district de Mara. Un enfant a été tué et découpé à la machette. Une jambe a disparu. C’est la deuxième fois en un mois qu’un tel événement survient dans la région. La première fois, à Bunda, une foule hystérique s’en était prise à un enfant albinos pour lui arracher un bras et les doigts de pieds.
Des meurtriers disparaissent avec les membres d’un albinos !

Les forces de police à Mara doivent faire face à de nouvelles affaires. Elles sont à la recherche des personnes qui ont tué sauvagement un enfant pour le démembrer. Il s’agissait d’un élève de cours moyen. Les faits se sont déroulés alors que l’enfant prenait son dîner. L’officier de police a déclaré qu’il s’agissait sans aucun doute d’un crime « superstitieux ». La grand-mère ainsi que la mère de l’enfant ont été agressées également (...)

Quand les superstitions mettent la vie en danger !

Malgré les nombreuses campagnes officielles, sur les droits de l’homme ou sur les croyances irrationnelles, notamment dans nos écoles, il semblerait que les choses ne soient pas encore évidentes. Croyances et pratiques sorcières continuent de faire rage, ce qui tend à montrer qu’il y a encore du travail à faire dans ce domaine. Récemment, une affaire de ce type s’est déroulée à Tabora. Des inconnus ont attaqué à la machette la maison de John et de son épouse. Les faits ont eu lieu dans le village de Mwisole, vers vingt-deux heures. Les deux victimes ont été agressées sauvagement et découpées en petits morceaux. Le mari avait été émasculé. La police mène l’enquête. L’officier a signalé qu’il est probable que les meurtriers ont été commissionnés par un guérisseur.


Si les instit s’y mettent, où va-t-on ?

Si même un instituteur (homme instruit) se met à croire à ces histoires de sorcellerie et autres archaïsmes traditionnels, comment s’étonner que les illettrés n’y croient pas ? Dans le district de Nkasi, un instituteur d’une école élémentaire vient de tuer sa propre fille de six ans (...) au prétexte qu’elle était infirme. Cette tare de famille, selon ses propres termes, salissait l’honneur de toute la lignée.

La plongée superstitieuse

Un vieil homme respectable vient de mourir après avoir été convaincu que les mânes des ancêtres l’attendaient au fond d’une mare. Les faits se sont passés à Masigo dans le district de Rukwa. Le vieux s’est d’abord présenté devant sa communauté pour l’informer que les ancêtres l’attendait au fond de l’eau et qu’il en ressortirait trois jours plus tard. A grand renfort de tambours et de danses, il entra dans l’eau du fleuve. Le troisième jour, les villageois se rassemblèrent de nouveau au bord de l’eau, en vain. Le quatrième jour, on commença les recherches et son corps fut repêché dans un état déjà corrompu et abîmé par cette immersion volontaire. Cette région est réputée pour ses croyances incroyables en la sorcellerie.

Détrousseurs de cadavre !

Encore des faits nouveaux concernant un guérisseur à l’ancienne ! Celui-ci a été surpris alors qu’il était en train de déterrer un mort pour faire ses manipulations. (...) Ce sont les frères et soeurs du défunt qui l’ont suivi et l’ont dénoncé à la police. Le guérisseur est en prison en attendant son procès. Ce n’est pas la première affaire de ce genre dans la région, des Walokole ont été pris en flagrant délit d’inhumation pour à peu près les mêmes raisons.

                                      

La sorcellerie, pratique immuable ?

A Shinyanga, les croyances et pratiques sorcières continuent de faire des ravages et de tuer femmes et personnes âgées. Là, c’est l’affaire d’un jeune homme venant de tuer sa propre mère à la machette. Ce meurtre vient d’être commis sur une femme en deuil de sa propre mère. Selon les déclarations du jeune homme, sa mère ne voulait pas que sa belle-fille ait des enfants. Les faits se sont déroulés alors que la mère du criminel était endormie avec d’autres femmes à l’extérieur de la maison, comme on le fait lorsqu’on est endeuillé. La victime est morte de ses blessures à l’hôpital. Ces pratiques sont fréquentes dans la région de Shinyanga, Tabora, Rukwa. Il n’y pas d’issue à ces croyances irrationnelles.

Ne brûlez pas les voleurs. C’est un ordre !

Alors que dans les chroniques du jour, on nous annonce que des millions sont détournés par nos dirigeants, de petits voleurs à la tire sont régulièrement brûlés vifs par des foules hystériques. Le vice commissaire de la Police, M. E.M vient de déclarer que désormais les citoyens devaient tout faire pour arrêter ces voleurs et les confier à la police qui les conduiraient devant les tribunaux pour être jugés. 

Au feu !

Sept habitants de Ijenje, petit village du district de Rungwe, se sont retrouvés sans toit après que leurs maisons ont été brûlées parce qu’ils étaient soupçonnés de sorcellerie. L’officier de police a déclaré aux journalistes que les faits se sont déroulés vers 10 heures du matin et que les criminels n’avaient pas encore été identifiés (...)

Une vieille est lapidée parce qu’accusée de sorcellerie

Une vieille du village de Zaneti, dans le district de Muheza, la région de Tanga, vient d’être lapidée par ses voisins qui l’accusaient de pratiquer la sorcellerie. (...) C’est un de ses voisins qui a déclenché l’agression, au prétexte que ses propres affaires ne marchaient plus depuis quelque temps (...)

Une vieille est soupçonnée de dissimuler un enfant dans une grande jarre

Une vieille femme a été accusée d’avoir dissimulé un enfant âgé de sept ans dans une jarre, ce qui a été immédiatement interprété comme un acte de sorcellerie par le tribunal de Kinondoni. On la soupçonne d’avoir voulu envoûter l’enfant : des témoins les ont vu dans le champ de la vieille

A Tunduru, on aime les ragots et les rites pubertaires

Le préfet du district de Tunduru se plaint de ses administrés. Aucun d’entre eux n’aurait la capacité de se sortir du sous-développement où ils sont, par manque d’esprit d’initiative, par goût des ragots et par paresse. Le préfet a condamné l’attitude des gens qui préfèrent s’occuper du bon déroulement des rites pubertaires plutôt que de l’éducation de leurs enfants. On s’explique ainsi la flambée de nouvelles pratiques sorcières dans la région.

                                                           

Mtwara : un poste de police attaqué.

Dans la région de Mtwara, des citoyens ont attaqué un poste de police après l’arrestation de trois personnes accusées de pratiquer la sorcellerie. Les policiers ont riposté et un des attaquants a été tué. (...). L’enquête a montré que cette manifestation a été diligentée par le chef du village « mwenyekiti cha kijiji » : comment un responsable de gouvernement local peut-il accepter que ses administrés se livrent à de tels actes ? Il a été prouvé que le chef du village était de mèche avec les guérisseurs locaux qui sont réputés être les seuls capables de dénoncer les vrais sorciers (...).

Manda : des instituteurs victimes de sorcellerie

Dans le district de Chunya, les instituteurs du petit village de Manda ont demandé au gouvernement de les aider à se débarrasser de la sorcellerie. Ces instituteurs ont déclaré être régulièrement agressés : certains s’évanouissent en classe, d’autres se réveillent le matin avec de petites incisions sur le corps ou se retrouvent dehors endormis par terre. Certains instituteurs ont déjà demandé leur mutation et d’autres ont démissionné. La plupart n’osent s’en plaindre ouvertement, de peur de subir des représailles...

Des albinos témoignent à Dar

« L’absence d’instruction est la cause principale des croyances en la sorcellerie qui ont entraîné depuis quelque temps de nombreux assassinats d’albinos ». Ainsi s’est exprimé le président de l’association tanzanienne de défense des albinos, M. Ernest Kimaya. Ce dernier a déclaré que le massacre des albinos en Tanzanie est contraire au respect des principes fondamentaux des droits de l’homme (...)

Le silence sur le massacre des vieillards et des albinos en Tanzanie est levé

On apprend que de nombreux mineurs de la région des grands lacs en Tanzanie ont régulièrement recours à des grigris provenant d’organes et de parties corporelles enlevés à des vieillards et des albinos. C’est le vice-président de l’organisation non gouvernementale COEL-Tanzania M. Jamathon Magodi qui vient de faire cette déclaration. Ces grigris seraient utilisés pour faciliter le travail des mineurs et leur permettre un enrichissement plus rapide.

Hakuna maoni:

Chapisha Maoni