13/01/2018

L'Ouganda : des milieux naturels en danger

Avertissement : ces quelques notes ne font que survoler le sujet ; elles ne sont qu'un résumé succinct de ce que je développe ailleurs sur ce blogue dans des articles de fond, mais écrits en swahili (onglet mazingira). Il me semble que le touriste, par définition toujours de passage, a le droit de savoir que les régions qu'il traverse à toute vitesse n'ont, en Afrique de l'est, strictement aucun avenir naturel. Inutile de donner des explications en français puisque les Français ne sont pas politiquement concernés.


Quelques informations qu’il convient d’avoir à l’esprit :

Remarques générales :

— l’Ouganda craque de partout. Sa population dépassera bientôt 50 millions d’habitants et en aura plus de 100 dans à peine 15 ans.

— tous les sites naturels sont sous pression et voient leur biodiversité disparaître. Lentement mais sûrement. Les écosystèmes sont atteints, les équilibres profondément perturbés. Un chiffre : moins de 250 lions dans le pays. Sa faune aviaire, en particulier les vautours et les espèces forestières, y est particulièrement menacée.

— s’il y a encore de beaux sites dans le pays (Ruwenzori, Elgon, Kidepo, Semliki), il vous faudra parcourir des centaines de kms de paysages anthropiques et souvent très dégradés pour aller de l’un à l’autre. L’urbanisation est grandissante, la pollution de l’air très préoccupante dans les grandes villes (Kampala est la ville la plus polluée d’Afrique après Lagos), des bords de routes jonchés de plastiques, des villes n’ayant d’intérêt que marchand.

— des infrastructures routières en assez bon état sur les grands axes, mais souvent dégradées sur les voies secondaires. A noter que l’Ouganda a une passion particulière pour les ralentisseurs…

Plus précisément :

— le pays offre encore un grand intérêt pour les ornithologues. Avec l’Ethiopie, c’est une destination majeure en Afrique. Un bémol cependant : les zones marécageuses se dégradent à grande vitesse (ex. : le lac Opeta, dans l'est, connu pour sa grosse concentration de becs-en-sabot, est actuellement la proie des « opérateurs économiques »). Partout, les roselières et les papyrus sont arrachés, les marais asséchés et brûlés, les voies d’eau retenues, les dernières forêts sinon rasées, du moins « communautarisées », pour faire du riz, de la canne  à sucre ou du maïs.

— sur un plan entomologiste, si le pays reste fascinant (notamment pour ses papillons), il faut aller de plus en plus loin et se rendre dans les régions les plus reculées du pays (et les moins peuplées) pour y faire des observations intéressantes (forêt de Semliki par exemple).

— la grande faune est souvent rélictuelle et intentionnellement confinée dans des mini-sanctuaires pour permettre aux tours operators un accès rapide et rentable : rhinocéros de Ziwa, lions d’Ishasha ou de Kasenyi (dans le Queen), girafes de Mburo, buffles de la vallée de Narus dans le Kidepo, gorilles de Bwindi ou de Ngahinga. En dehors de ces zones, il devient très difficile de voir quelque chose.



Situation inquiétante du Queen Elizabeth…

Ce parc est en état de survie. La faune s’y fait de plus en plus rare. Seul un gros troupeau d’éléphants parvient à s’y maintenir. Le parc est divisé artificiellement en deux grandes zones, toutes deux sillonnées de pistes vicinales ou d’une route nationale. La partie nord est la plus dévastée, et pour cause ; des villages de pêcheurs et de gros bourgs (Katwe, plus de 10 000 habitants) y ont été maintenus, aux dépens de la faune et de la flore. Conséquences : plantes invasives, braconnage et piégeage, empoisonnement des prédateurs (dernier lion empoisonné en avril 2017, par un pêcheur de Katwe), disparition des charognards. La biomasse chute de manière inquiétante. La partie sud, à plus de 80 km, est accessible par une piste défoncée (en 2017, comptez plus de trois heures de route) qui traverse une forêt très dégradée. On y trouve la plaine d’Ishasha, célèbre pour ses 12 lions arboricoles. Remarque : ces lions y sont confinés dans l’espace restreint des figuiers qu’ils aiment grimper pendant les heures chaudes. Inconvénient majeur pour ces pauvres félins, chaque arbre est accessible par des pistes. En haute saison, avec l’affluence touristique, les lions, harassés et inquiétés par le grondement permanent des voitures, se réfugient plus loin, en général dans la réserve de Kigezi, où ils deviennent inaccessibles. Pour le reste, la diversité faunistique du parc est pauvre ; ne comptez pas y voir ce qui fait la richesse des parcs d’Afrique australe. Chacals, otocyons, lycaons, servals, caracals, et guépards en sont absents. Pas de zèbres, de girafes, de koudous ou d’élans. Trois herbivores majeurs : le cob d’Ouganda, le topi et le buffle. L’hyène tachetée s’y fait de plus en plus rare, puisqu’empoisonnée dès qu’elle sort des limites du parc.

Attraction "touristique" remarquable du parc : les hippopotames dans la rivière Ishasha.

               
Le village de Katwe, au cœur du parc du Queen

En résumé : un parc qui fut magnifique, varié par ses paysages et ses étonnants reliefs (les cratères de volcans, dans sa partie nord, sont somptueux), malheureusement surexploité, occupé et régulièrement envahi par les éleveurs qui vivent dans sa partie septentrionale. A noter aussi qu’il a été récemment enlaidi par la construction d’une ligne à haute tension et qu’il est traversé par une route nationale empruntée par les camions à remorques qui filent vers le Congo voisin. Nuisances et désagréments pour tous assurés. 

Addenda : le 12 avril (ces quelques notes ont été écrites le13 janvier), 11 lions était retrouvés morts, empoisonnés à Hamkungu, dans la partie nord du Queen. Le 4 mai, un léopard s'emparait d'un gamin de trois ans pour le dévorer non loin des baraquements des Rangers du Parc. Mêmes causes, mêmes effets : la disparition de la faune, des ongulés principalement, pousse les fauves à se rabattre sur les bovins ou, pire, les êtres humains. Qu'on aille pas nous dire qu'il s'agissait d'accidents...

                             
                                                        Baignade pour tous dans le Queen : hippos, vaches et bipèdes

…et du parc du Murchinson, également très précaire. Ce parc possède néanmoins de beaux effectifs d’antilopes (cobs d'Ouganda, ourébis, cobs defassa et topis), une belle population de girafes et de nombreux éléphants. Quelques familles de lions y subsistent. Ce parc a une végétation de palmiers Borassus, remarquable et unique en Afrique. Cependant, sa partie nord est menacée par le braconnage systématique. On y voit beaucoup d’éléphants estropiés, claudicant ou à la trompe sectionnée. Quelques lions à trois pattes y ont défrayé les chroniques naturalistes ces dernières années. Pour ne rien arranger, le parc recèle de gros gisements de pétrole. Des forages ont été faits en diverses parties du parc, par Total. Beaucoup de mammifères, notamment les girafes, en situation de stress permanent, ont vu leur fécondité baisser.

Ce parc offre des balades payantes sur le Nil. Ce peut être l’occasion d’y voir des mammifères au bord de l’eau (comme au zoo).


                             
Éléphant "raccourci" et hyène victime d'un collet, dans le Murchinson

Dernière remarque : l’Ouganda est un pays extrêmement bruyant. Le moindre petit village possède sa sono et d’énormes enceintes qui diffusent, souvent le week-end, une sonorisation épouvantable que vous entendrez même en pleine brousse. Il m’est arrivé, à plusieurs reprises, à Mweya (dans le Queen) ou sur les bords du Nil en plein Murchinson, alors que j’y campais en pleine brousse, d’être réveillé par ces formes de pollution sonore insupportable. Un conseil, munissez-vous de boules quiès.


Voir aussi quelques photos du Queen dans l'article du 10 janvier ICI

                                                   


LECTURES COMPLÉMENTAIRES :

Déjà, en 2015 : ICI

Pour ceux qui souhaiteraient en savoir plus sur les lions du Queen, voir le site de Ludwig Siefert et de son équipe : ICI

The Impact of Fire and Large Mammals on the Ecology of Queen Elizabeth National Park : HERE

Sur la disparition des vautours du Queen, en anglais : ICI

Articles récents sur la "fin" du Queen Elizabeth : ICI


Documents "d'experts" (©EAGLE network : HERE) :



"One of the greatest current threats within this lovely park is a limestone mine for cement production. While NWNL has not been not able to access this corner of the park; our Uganda partner, National Association of Professional Environmentalists (NAPE), has produced a booklet explaining violated laws, risks and impacts concerning this commercial extraction. NAPE contends that this project disrupts migratory corridors of wildlife; has progressed without consultation with local stakeholders; and uses heavy machinery in a fragile ecosystem that is an internationally-designated RAMSAR site. Furthermore, the environmental impact assessment was approved without any public hearing.

One concern the limestone mining project raises is that the migratory corridor will be destroyed, forcing animals into areas where they will destroy peoples’ crops. This could result in the death of both humans and wildlife. Another concern is that the lack of legal compliance regarding approval of this mining operation will impact usage of other Ugandan natural resources held in trust for the people. Ugandan environmentalists are concerned that this precedence will influence the method of exploration of newly-found oil in this Albertine Rift of the White Nile River Basin." (courtesy Alison M. Jones, HERE)

Hakuna maoni:

Chapisha Maoni